C’est un fait établi et bien connu des commentateurs. Les électeurs ne votent plus par adhésion à un projet politique ou à celui qui le porte. Ils votent par opposition.

Le phénomène du vote ’’contre’’ n’est hélas pas nouveau. Depuis 30 ans, les électeurs ont pris la mauvaise habitude de sanctionner le candidat sortant en donnant leur voix à celui d’en face. En 2012, après que le feuilleton DSK ait définitivement éliminé le candidat préféré des sondages, François Hollande est élu presque par accident, et surtout par rejet de Nicolas Sarkozy, le président sortant. Cinq ans plus tard, dans une variation sur le thème de l’oeuf et de la poule, ce même Nicolas Sarkozy tentera un come-back inédit en présentant sa candidature comme une réponse à l’hostilité des français face à Hollande. 

Au royaume d’Ubu, les politiciens sont rois…

Déjà en 2002, l’opposition à la politique du gouvernement Jospin avait conduit les électeurs à qualifier Jean-Marie Le Pen pour le second tour de la présidentielle. Ce vote n’avait rien d’un vote d’adhésion au programme du Front National. Il exprimait principalement une contestation à l’endroit de la politique qui avait été menée par le premier ministre en poste.

Cette mauvaise utilisation de notre bulletin de vote est évidemment dommageable pour l’esprit de la démocratie. Elle détourne de son sens originel ce qui devrait être l’essence même de la légitimation électorale de nos élites, réduisant un acte de validation en sanction contre-productive. Les politiciens sont en grande partie responsables de cette déviance. Nombres d’entre eux invoquent régulièrement le recours au vote « contre » afin de sanctionner le gouvernement en place. Ce qu’ils oublient de préciser est que le vote « contre » profite toujours à une autre candidature, la leur de préférence, rarement aux citoyens eux-mêmes. Ceci explique en grande partie les 30 années de ping-pong partisan à l’origine de la vague de dégagisme de 2017. 

Les européennes du 26 mai ne dérogent pas à cette tradition désormais ancrée dans nos pratiques électorales. Un même mot d’ordre semble résumer les 34 programmes en compétition : voter « contre » la politique d’Emmanuel Macron. Or, en quoi le fait d’être en désaccord avec Emmanuel Macron doit-il nécessairement contraindre l’électeur à soutenir l’un de ses opposants ? Quelle curieuse conception de la démocratie où pour dénoncer une erreur de casting, il faudrait en cautionner une autre…

Le soir du dimanche 26 mai, que votre vote ait été exprimé par adhésion ou par rejet, les 79 élus français ont reçu de votre part la légitimité pour appliquer leur programme, celui qu’ils ont défendu au cours de la campagne (pour ceux qui en avaient un), celui que vous avez validé en leur offrant votre voix. Il parait donc particulièrement hasardeux, voire dangereux, d’envoyer au parlement européen des élus qui ne manqueront pas de revendiquer la légitimité des suffrages pour mettre en place des mesures que vous contesterez après l’élection. Nous vivons déjà cette réthorique à chaque présidentielle…

Non, le vote « contre » n’existe pas, pas davantage que le vote « utile » qui n’est utile que pour celui qu’il désigne. Un bulletin de vote est toujours en faveur du nom qu’il porte. Votre voix est précieuse. Votre opinion compte. Quelle qu’elle soit, elle est respectable et doit être respectée. En glissant un bulletin dans l’urne, vous votez pour ce candidat-là, pour ces idées-là, pour cette liste-là précisément…et non contre une autre.

Le seul « vote contre » qui ne profite à aucun candidat, c’est le vote blanc !

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